Programme « Aide et biens publics mondiaux »
Le programme « Aide et biens publics mondiaux » est le principal programme de la Ferdi, ancré dans une longue tradition de recherche sur l'aide au développement du CERDI, approfondi dans l'examen des relations entre l’aide et la réduction de la pauvreté, élargi à la fourniture de biens publics mondiaux. Cinq axes de recherche composent le programme :
►Concepts et mesures de l'aide
►Efficacité macroéconomique de l'aide
►Allocation géographique de l'aide
►Economie politique de l'aide
►Analyses d'impact
Concepts et mesures de l'aide
Chacun s'accorde aujourd'hui à considérer que le concept d’aide au développement, issu d'une réflexion des années 60, est aujourd'hui inadapté. Toutefois, hormis quelques ajustements limités dans les statistiques disponibles (cf. aide programmable), la communauté internationale continue de raisonner sur les concepts anciens. La Ferdi souhaite contribuer à la refondation des concepts d’aide. Elle peut faire valoir à son actif à la fois des travaux anciens et des travaux récents sur le sujet. Le projet de la FERDI est de contribuer à la recherche d'une nouvelle définition de l'aide, qui distingue clairement le coût budgétaire pour le pays fournisseur et les ressources effectivement mises à la disposition du pays receveurs et qui permette d’identifier les zones de recoupements entre l'aide au développement traditionnelle et la contribution à la promotion des biens publics mondiaux. Un groupe de travail doit se réunir au début de l’année 2010 sur ce sujet.
Efficacité macro-économique de l’aide
Sur ce sujet considérable et âprement débattu, la Ferdi apporte son concours à une opération pilotée par le CERDI, financée par l'Agence nationale pour la recherche (ANR), et dont l’objet est précisément le renouvellement des analyses de l'efficacité macro-économique de l’aide. Des travaux ont été réalisés et sont en cours dans les directions suivantes:
►analyse des seuils dans l'efficacité de l'aide
►analyse des effets de l'aide passant par les finances publiques
►analyse de l'impact stabilisateur de l'aide et de ses conséquences
►élaboration d'un cadre général d'analyse des modalités d'action de l'aide sur la réduction de la pauvreté
►analyse des déboursements et de ses délais
►analyse de l'allocation géographique de l’aide et de sa qualité (voir infra sous-programme particulier)

►Conférence internationale sur l'accélération des déboursements et l'efficacité de l'aide organisée en coopération avec la Présidence de la République du Sénégal les 28 et 29 octobre 2008 à Dakar
►Side Event à la Conférence des Nations Unies sur le financement du développement
►Animation sur le même thème du Forum ministériel conjoint organisé par le Secrétariat du Commonwealth et Organisation internationale de la francophonie (OIF) à travers une conférence sur le thème « Crise mondiale et protection des pays à faible revenu contre les chocs exogènes » en avril 2009 à Washington lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI
►Présidence d’une session sur le même thème à une conférence organisée par le Club de Paris et l'Institut Bancaire et Financier International (IBFI) de la Banque de France à Paris le 25 juin 2009.
A ces événements à plus forte visibilité externe s'ajoute la tenue de deux ateliers dans le cadre de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) sur des questions d'efficacité auxquels ont pris part certains des meilleurs spécialistes internationaux en la matière.
Les résultats du programme devraient contribuer à tempérer un courant de pensée ayant tendance à se répandre sur l’inefficacité de l’aide et à mieux faire apparaître les conditions de son efficacité. L’accent mis dans diverses contributions, sur l’impact stabilisateur de l’aide ou sur ses effets quant à l’amélioration des finances publiques, est à cet égard un axe majeur des travaux de la Fondation.
Parmi les projets que la Ferdi envisage de réaliser figure, suite à une recommandation du colloque de Dakar sur l’accélération des déboursements, la mise en place, dans un ou deux pays-test, d’un observatoire national des aides extérieures, chargé de suivre l’exécution des engagements extérieurs, les difficultés rencontrés, et d’analyser la source des délais et frictions qui limitent l’efficacité de l’aide. Une coopération avec Development Gateway est à l’étude sur ce sujet.
Allocation géographique de l'aide(top)
Ce programme, complémentaire du programme sur l'efficacité macro-économique de l'aide, s’est déroulé en trois étapes.►Une première étape a consisté à porter un regard critique sur la façon dont est généralement évaluée la sélectivité de l'aide, c'est-à-dire la qualité de l'allocation géographique de différentes sources. Cette sélectivité ne peut être appréciée seulement en fonction de la qualité supposée de la gouvernance et de la politique économique des pays. Une première série de travaux a cherché à proposer de nouveaux indicateurs de sélectivité, se référant à une gamme élargie de critères, en particulier la vulnérabilité structurelle et le faible niveau de développement humain des pays. Les premiers résultats ont été publiés dans World Economy (2007). Une mise à jour va être mise en ligne sur le site de la Ferdi. L’idée est de publier une estimation de la sélectivité des aides bilatérales et multilatérales chaque année (avec naturellement des améliorations méthodologiques), à l’instar de ce que fait le Center for Global Development avec le Commitment for Development Index.
►Un second axe de réflexion a consisté en un examen des principes en fonction desquels devraient être allouées les ressources d’aide. Les trois principes mis en avant (efficacité, équité, transparence) ont conduit à proposer d’inclure la vulnérabilité et le faible niveau de capital humain parmi les critères d’allocation à côté des critères de gouvernance et de revenu généralement retenus. Tel a été le thème d’un rapport préparé pour le Development Cooperation Forum 2008 (DCF) des Nations Unies (New York, juillet 2008) et dont la proposition relative au critère de vulnérabilité a été reprise dans le rapport du Secrétaire Général des NU pour le Forum. Le message a été de nouveau formulé lors de diverses autres réunions internationales :

*lors d’une table ronde sur les « objectifs du millénaire et le développement » organisée par le CEPII et l’OCDE lors de leur conférence annuelle à Paris (novembre 2009) (programme)
►Le troisième axe correspond à une réflexion sur la façon dont les critères d'allocation de l'aide du Fonds Africain de Développement pourraient être modifiés afin d’y introduire la vulnérabilité économique structurelle des pays bénéficiaires et de mieux prendre en compte le besoin d'intégration régionale. Cette recherche a été menée en collaboration étroite avec le département de recherche de la Banque Africaine de Développement et a donné lieu en particulier à la production d'un document de travail qui alimente la réflexion interne de l'organisme en ce domaine.
Diverses réunions sont maintenant prévues sur les moyens de promouvoir une réforme juste et équitable des règles d’allocation de l'aide avant que soit reconstituées les ressources des banques multilatérales de développement. La prise en compte de la vulnérabilité est un thème majeur de l’agenda.
La recherche sur les critères d’allocation géographique se poursuit dans plusieurs directions, notamment :
*la recherche de « préférences révélées », utilisant les méthodes de l’économie expérimentale, visant à faire révéler les poids qui seraient attribués aux différents critères, soit par des fonctionnaires des agences d’aide, soit par des groupes cibles de la population des pays du Nord, soit par des pays receveurs de l’aide. Ce projet, s’il est retenu, serait réalisé conjointement avec le Center for Global Development. Un assistant de recherches de la Ferdi effectue actuellement un séjour de six mois dans cet organisme en partie dans ce but ;
*un examen des critères d’allocation des ressources pour l’adaptation au changement climatique dans les pays à revenu faible ou moyen ;
*une analyse de l’allocation des ressources des ONG, qui trouverait place dans le projet d’évaluation de ces organisations évoqué plus loin.
Economie politique de l'aide(top)
Au-delà des analyses sur l'efficacité de l'aide globale, la Ferdi s'est engagée dans divers travaux relatifs à l’économie politique de l'aide au développement et en particulier de l'aide multilatérale. C'est ainsi qu'ont été conduites deux études à la demande de l’administration française :►à la demande de la Direction générale du trésor et de la politique économique (DGTPE) du Ministère français de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi (Bureau de l’évaluation), une étude a été réalisée sur "l'efficacité de l'interaction des aides multilatérales". L’objectif n’était pas de comparer les performances des différents organismes multilatéraux, mais d'apprécier l'efficacité du système constitué par l'ensemble des acteurs pour atteindre des résultats en matière de développement. L'étude se concentre sur les pays africains de la Zone de Solidarité Prioritaire (ZSP), dans lesquels l'intervention de la France a été importante depuis une dizaine d'années, et s'intéresse de manière plus détaillée aux quatre institutions multilatérales les plus présentes dans la zone : la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Commission Européenne et la Banque Africaine de Développement (BAD). Cette analyse a été conduite par une équipe de chercheurs provenant de trois centres de recherche: le Centre d'Economie de la Sorbonne (CES) avec Jean-Claude Berthélémy, DIAL avec Lisa Chauvet, et le CERDI avec Samuel Guérineau.
L’économie politique de la coopération internationale a fait l’objet d’une discussion élargie avec l’organisation de la Conférence de lancement de l’IDGM qui a eu lieu à Paris le 6 novembre 2009. Rassemblant quinze intervenants de haut niveau (Nations Unies, FAO, IICT, MAEE, DGTPE, AFD, Oxford, WWF …), originaires de dix pays différents, et plus de 80 participants sur le thème « le milliard le plus pauvre
et le changement climatique, dans le contexte de la crise mondiale », la journée a permis une réflexion approfondie sur deux thèmes majeurs : « au-delà de la crise, quels enjeux », et « qui fait quoi, face à la diversité des objectifs ». Le Président Valéry Giscard d'Estaing, invité d'honneur, a ouvert la journée par une conférence centrée sur l'évolution de la gouvernance mondiale, "du G5 au G20".→compte-rendu des débats (versions
→vidéos prochainement en ligne...
Un certain nombre d’auteurs figurant parmi les meilleurs spécialistes des questions d’aide au développement ont accepté de présenter leurs idées à la demande de la FERDI sur différents sujets complémentaires et nouveaux, convenus avec la Fondation. Ces études qui toutes s’apparentent à l’économie politique de la coopération devraient pouvoir être mises prochainement sur le site (les signatures incluent celles de François Bourguignon, Jorge Braga de Macedo, Paul Collier, Jan Willem Gunning, Bernard Petit, Jean-Michel Severino).

La réflexion sur ces questions doit se poursuivre d’une part pour transformer en publications les résultats des travaux cités ci-dessus, d’autre part en engageant une réflexion théorique, utilisant les outils de la théorie des jeux, et venant compléter les analyses appliquées sur le rôle et la coordination des divers acteurs de la coopération internationale.



*dans un séminaire donné au