Forum africain pour la résilience 2019

Patrick Guillaumont (Ferdi) est intervenu lors de la sixième session plénière consacrée aux outils, produits et stratégies pour renforcer la résilience.

Plus de 300 personnes ont participéà la troisième édition du Forum africain pour la résilience (FAR) sur le thème « Fragilité, Migration et Résilience » organisé du 4 au 6 mars 2019 au siège de la Banque africaine de développement à Abidjan.

Les travaux ont permis aux participants, parmi lesquels des Premiers ministres, des membres du gouvernement, des représentants d’organisations internationales, des figures de la société civile ainsi que des universitaires et des hommes d’affaires, de débattre des défis posés par la migration : la sécurité ; le chômage des jeunes ; les questions de genre ; les effets du changement climatique.

Patrick Guillaumont, président de la Ferdi,  est intervenu lors de la sixième session plénière consacrée aux outils, produits, politiques et stratégies pour renforcer la résilience.

Intervention de Patrick Guillaumont :

"Mon propos portera sur un point général, que j’illustrerai par une remarque touchant à l’expérience des pays du Sahel. L’allocation des fonds concessionnels tels que ceux du fonds africain de développement est un outil majeur pour lutter contre la fragilité et bâtir la résilience.

La Banque africaine a eu un rôle innovateur majeur à cet égard, en particulier en créant la facilité de soutien à la transition (la TSF) et en concevant le CFRA.

Mais son rôle peut être renforcé grâce à une réforme de l’allocation du FAD, l’allocation devenant un outil contre la fragilité et pour la résilience, dans une approche qui ne soit pas seulement curative, mais aussi préventive.

En effet les fonds accordés à travers la TSF le sont en fonction d’une fragilité observée et que l’on espère voir diminuer, alors qu’il faut aussi penser à prévenir l’explosion de la fragilité. Au début de la décennie la majeure partie des pays sahéliens n’était pas considérée comme fragiles car ils avaient de bonnes performances, mais ils étaient fragiles. Et ils le sont manifestement apparus. C’est pourquoi nous proposons de promouvoir une PVBA (Performance and Vulnerability Based Allocation) à la place de la PBA (Performance Based Allocation), c’est-à-dire de prendre en compte dans l’allocation du Fonds africain à l’ensemble des pays qui y sont éligibles les vulnérabilités et fragilités dont ils ne sont pas responsables. Tous en effet sont fragiles ex ante, mais à des degrés divers.

Pour cela il faut identifier et mesurer les principales formes de vulnérabilité structurelle auxquelles font face les pays africains, qui sont au nombre de trois : la vulnérabilité économique, telle qu’elle se manifeste par exemple par l’instabilité des exportations; la vulnérabilité physique au changement climatique, qui par exemple se manifeste par une aridité croissante et par une intensification des chocs climatiques; la vulnérabilité socio-politique, celle qui est exogène et qui se traduit par un risque de violence et de conflit.

Ces trois formes de vulnérabilité doivent être prises en compte dans l’allocation car elles interagissent pour freiner le développement, mais aussi pour provoquer des migrations contraintes. C’est la raison pour laquelle dans les indicateurs suggérés pour l’allocation il a été proposé d’introduire à côté du revenu par tête un indicateur de besoins humains qui est un indicateur des Nations unies auquel on a ajouté la proportion de réfugiés par rapport à la population, considérée comme un choc externe et une charge éventuellement importante dans certains pays, mais aussi la proportion de jeunes dans la population, qui est élevée dans tous les pays africains mais à des degrés divers et qui constitue en quelque sorte une contrainte exogène.

Je termine ce propos en l’illustrant par ce que nous avons appelé la Chaire Sahel. La Chaire Sahel établie à Ouagadougou a pour objet de suivre et d’évaluer de l’intérieur les politiques mises en œuvre pour permettre aux pays du G5 Sahel de surmonter de façon durable l’extrême fragilité qu’ils connaissent, en raison de facteurs économiques, de facteurs climatiques et d’une insécurité tout aussi exogène."

 

Informations : https://www.afdb.org/fr/