Accélérer les efforts en faveur des Pays les moins avancés (PMA)

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Tel a été le message porté lors de la Revue à mi-parcours du Plan d’Action d’Istanbul en faveur des PMA (IPoA) qui s’est tenue à Antalya fin mai et à laquelle la Ferdi a activement participé sur la base de ses travaux récents. Cette revue a été l’occasion de faire le point sur l’action de la communauté internationale en faveur des PMA alors que les défis restent nombreux.

Elle s’inscrit dans un mouvement favorable au thème de la vulnérabilité, terme de plus en plus usité dans le discours des développeurs ces dernières années, comme en témoigne notamment le choix du PNUD d’en faire en 2014 le sujet de son Rapport humain sur le développement. La Ferdi ne peut que s’en féliciter, ce thème étant porté par la fondation depuis plusieurs années déjà[1].  

Il n’est donc pas étonnant de constater depuis deux ans un regain d’intérêt pour les PMA dans les déclarations des grandes conférences internationales consacrées au développement (Addis Abeba sur le financement du développement en juillet 2015, Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2015, 21e Conférence des Parties sur le climat à Paris en décembre 2015, etc.) après une quasi-disparition sémantique dans les déclarations des grandes conférences précédentes, alors qu’avait été adopté l’ambitieux IPoA en 2011.

Que retenir de la conférence d’Antalya ?

Sur le plan politique, la revue qui s’est tenue le mois dernier, cinq années après le Sommet d’Istanbul, visait, au-delà d’établir un bilan à mi-parcours de l’IPoA, à prolonger l’attention spécifique portée aux PMA. La « délocalisation » en Turquie, où avait déjà eu lieu la IVe Conférence décennale des Nations Unies sur les PMA, d’une « simple » revue à mi-parcours – ce genre d’exercice se tient habituellement à New York – traduit notamment la volonté des Nations Unies de souligner les enjeux des PMA dans l’Agenda de ses membres.

Si l’on peut noter que, côté bailleurs et pays émergents, aucun chef d’État (et de gouvernements) n’avait fait le déplacement, il faut rappeler le caractère autant technique que politique d’une revue à mi-parcours, ne pas s’en étonner, et ne pas en être déçu. Le calendrier des réunions internationales ne s’est pas par ailleurs avéré être un bon allié avec notamment la tenue des Assemblées annuelles de la BAD à Lusaka au même moment, et le premier Sommet humanitaire mondial à Istanbul quatre jours avant.

Sur un plan plus technique, la graduation des PMA a été le principal sujet traité lors des débats organisés dans le cadre de cette revue. Le mot « graduation » semble d’ailleurs être devenu un nouveau synonyme de « développement ». L’objectif fixé à 2020 de voir au moins la moitié des PMA répondre aux critères de graduation semble utopique au regard du besoin estimé de croissance économique de 7% par an pour atteindre cet objectif. La plupart des PMA reste en effet très en deçà de ce niveau et les prévisions de la Banque mondiale pour 2016 tablent sur une baisse de la croissance moyenne en Afrique subsaharienne[2].  

La Conférence d’Antalya a été l’occasion pour les participants de présenter un ensemble d’initiatives en faveur des PMA et de discuter de leur efficacité. C’est précisément l’objet du nouvel ouvrage de la Ferdi qui sera publié prochainement sous la direction de Patrick Guillaumont[3] et dont les principaux messages ont pu être partagés lors d’un des trois ateliers que la Ferdi co-organisait à Antalya[4]. Les deux autres ont débattu de la façon dont il est possible de traiter les vulnérabilités par le financement du développement, et du bilan qu’il est possible d’établir quant à la mise en œuvre de l’IPoA.

L’ensemble des initiatives présentées à Antalya constitue à l’évidence une somme intéressante dont les politiques pro-PMA doivent s’inspirer pour atteindre leurs objectifs. Il se dégage cependant une impression de flou quant à la stratégie globale de la communauté internationale en faveur des PMA, une approche par instrument semblant souvent être privilégiée au détriment d’une action spécifique structurée et coordonnée des acteurs.

Il y a une dichotomie embarrassante entre les besoins et la disponibilité des moyens concessionnels, souvent contournée par l’affirmation évidente que l’aide ne peut pas tout financer. Si personne ne nie cette évidence, personne ne peut non plus nier que nombre de vulnérabilités des PMA nécessitent un soutien fort de la communauté internationale pour être endiguées. Sur ce point, la Déclaration finale de la Conférence d’Antalya ne fait pas mention d’avancées particulières.

Le soufflé va-t-il retomber ?

Si elle n’a pas été débattue de façon directe à Antalya, la question de l’avenir de la catégorie est posée. L’ambition est évidemment de graduer tous les PMA au-delà d’un niveau de développement acceptable et donc in fine la disparition de la catégorie. Si l’ambition est toute légitime, elle n’en reste pas moins immense et celle-ci ne saurait se passer de l’atout important que constitue une catégorie reconnue par toutes les institutions internationales et  identifiée comme la cible privilégiée du soutien de la communauté en raison de la pauvreté et des vulnérabilités qui caractérisent les PMA.

La dynamique politique sera-t-elle à l’avenir favorable aux PMA ? Tout dépendra de la volonté de mettre en œuvre l’IPoA bien sûr, mais surtout des suites données au plan d’action d’Addis Abeba sur le financement du développement adopté en juillet dernier et dont les marqueurs « vulnérabilités » sont multiples.

Il est néanmoins intéressant de constater que le cas des PMA n’a pas bénéficié d’un intérêt particulier lors des Journées européennes de développement (JED) 2016 organisées à Bruxelles deux semaines après la conférence d’Antalya (l’atelier que la Ferdi a organisé lors des JED étant le seul consacré spécifiquement aux PMA[5]). La préférence des sujets traités était plus thématique que catégorielle, à l’exception de quelques débats sur les États fragiles et sur les pays ACP, Commission oblige. Le thème des vulnérabilités, bien que présent de façon sous-jacente dans de nombreux ateliers, n’a pas été mis spécialement  en avant à cette occasion, si ce n’est à travers sa dimension politique, particulièrement discutée.

Ces rendez-vous annuels permettent de prendre le pouls des politiques de développement. Le prochain Forum mondial de la plateforme Convergences qui aura lieu en septembre sera l’occasion de refaire un point sur l’intérêt que la communauté du développement porte aux pays vulnérables.

 

[1] Parmi les travaux récents, voir notamment l’ouvrage « Financer le développement durable. Réduire les vulnérabilités » publié en 2015 par la Ferdi sous la direction de Matthieu Boussichas et Patrick Guillaumont (édition : Economica).

[2] http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2016/06/07/world-bank-cuts-2016-global-growth-forecast

[3] Guillaumont P. (Dir.), 2016, Out of the Trap, Ferdi – Economica, Paris.

[5] Voir sur le site de la Ferdi : http://www.ferdi.fr/fr/evenement/journ%C3%A9es-europ%C3%A9ennes-du-d%C3%A9veloppement-2016